exposition Sorcières

sorcières

visite de l'exposition Sorcières, mythes et réalités au musée de la Poste, 17 mars 2012

L’exposition ouvre une première partie sur l’imaginaire de la sorcellerie à travers l’art du XVIIe au XXe siècle. Artistes hollandais et peintres modernes nous font entrer dans l’univers diabolique avec de nombreuses représentations de sabbats, scènes d’exorcisme...

leçon
Louis Maurice Boutet de Mouvel, La leçon avant le sabbat

La galerie de peintures se prolonge avec les œuvres des affichistes qui ont annoncé des monuments cinématographiques comme La beauté du diable de René Clair (1949) ou Les sorcières de Salem de Raymond Rouleau avec Simone Signoret et Yves Montand (1956). Parmi les maquettes de décor composées pour les films du début du siècle et présentées dans l’exposition figure un Méphistophélès dessiné de la main de Georges Méliès lui-même.

Quittant l’imaginaire de la sorcellerie, le visiteur découvre la tragique histoire des sorcières, ces femmes condamnées sur la rumeur ou la mauvaise réputation, à une époque où l’Occident est ébranlé par les calamités naturelles (peste de 1348), la guerre de Cent Ans, les hérésies et les guerres de Religion.
Mais c’est au XVIIe siècle que la persécution a été la plus terrible. En plein siècle de la Raison, des centaines de sorcières ont été envoyées au bûcher au terme de procès expéditifs menés par des juges obsédés par le diable.
Nous suivons pas à pas, ou plutôt œuvre par œuvre, l’incroyable procès des sorcières du Labourd (pays basque) en 1609. Dix-huit tableaux, composés par le peintre José Gonzalès de la Peña en 1938, nous racontent cette histoire, de l’arrivée des démons en Labourd jusqu’au procès des sorcières en passant par les inévitables scènes de sabbat - véritable hantise des magistrats - où la luxure le dispute au macabre.


En route pour le sabbat, José de la Penà (1938)

sabbat

La visite se poursuit avec quelques affaires qui ont eu un grand retentissement dans toute la France, d’Aix-en-Provence (1601) à Louviers (1643) en passant par Loudun (1634). Ces afaires furent considérées comme des scandales car elles mettaient en cause des prêtres, directeurs de conscience, accusés d’avoir abusé de religieuses. La sorcellerie, sous ses aspects de possession démoniaque, était entrée dans les couvents.
On notera encore, dans la chronique judiciaire de Paris, l’affaire des poisons (1670) qui inquiéta la Cour car les plus hautes personnalités du royaume y étaient impliquées. 1682 marque la fin des procès de sorcellerie mais on ne sera pas pour autant débarrassé des sorcières. Les bûchers se sont éteints mais les pratiques de sorcellerie restent vivaces dans nos provinces tant la croyance dans l’efficacité des maléfices et des envoûtements d’amour est ancrée au fond de nous-mêmes.
Après l’imaginaire de la sorcellerie et la triste réalité des procès historiques, le visiteur parcourt les campagnes françaises, du XIXe siècle aux années cinquante, au milieu d’objets renvoyant les uns à nos superstitions, les autres à la « pratique » des sorciers.

On pourrait dresser un inventaire à la Prévert du « patrimoine » de la sorcellerie tant celui-ci est hétéroclite : talismans, amulettes, reliquaires, grimoires, « pierres de tonnerre » pour conjurer l’orage ou « pierres à venin » pour guérir divers maux, plantes toxiques ou hallucinatoires, objets divers investis d’une charge magique servant à protéger tout autant qu’à jeter un sort.


Effrayantes sont ces figurines à l’effigie d’une personne et plantées d’aiguilles à l’endroit où l’envoûteur veut porter la douleur. Terrifiantes sont ces figures de diable fabriquées par des artisans pour le compte d’une « sorcière » de la Creuse qui a fait de son art un véritable commerce. C’était dans les années quarante. C’est aujourd’hui.

diable divers

La sorcellerie n’est donc pas une relique du passé. L’ambition de l’exposition Sorcières est d’expliquer ce fait social dans sa permanence.
L’originalité de la présentation réside dans le rapprochement des regards : celui des artistes, des historiens et des ethnologues.

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Naïa, la sorcière - Rochefort-en-Terre (Morbihan). Carte postale - Début XXe siècle

un grand merci à Brau pour l'organisation, et à Dagon pour la conférence !


quelques liens de descriptions et critiques de l'expo :
anywhere out of the world
en images
Lunes Rouges
le blog de Claire

Commentaires

1. Le samedi 17 mars 2012, 21:27 par Siannan

parmi les choses que j'ai particulièrement remarqué :

- la comparaison d'ex voto gallo-romain et du XIX° : la pratique a bien perduré sans grand changement !

- les clés d'église utilisées comme talisman contre les saignements de nez

- les pierres pour guérir (comme quoi ça n'est pas un mode récente)

- la chouette qui (selon les explications...) symboliserait le christ, ce pourquoi elle aurait été "cruxifiée" sur les portes [pas convaincue]

- le caractère polythéiste du christianisme évoqué par le guide

- la preuve formelle par le test de la balance que Brau est un sorcier !

2. Le dimanche 18 mars 2012, 08:36 par Xavier

Trop bien! j'ai beaucoup aimé. J'avais déjà vu l'expo, mais le conférencier était excellent, donc ce fût vraiment intéressant. Et la remise des fleurs était très émouvante.
Nous avons continué au bistrot en effectif réduit (14) mais ça a quand même nécessité de réorganiser les tables... et on a eu de chouettes discussions.
Un grand merci aux organisateurs pour ces moments de partages entre païens :)

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